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À propos des résilles de Rudy Ricciotti…

août 8, 2014 par Multiples Un

L’exercice du dessin, de l’estampe, du meuble, de l’objet… en tout cas d’une autre activité que celle de faire un bâtiment, est extrêmement difficile pour un architecte. Rares sont les productions vraiment pertinentes car trop souvent déconnectées d’une réflexion liée au processus intrinsèque du travail du bâtisseur ou au contraire tellement littérale qu’elles en sont sans intérêt.

Dès notre premier contact, Rudy Ricciotti a immédiatement proposé de travailler sur la résille du Mucem avec un mot d’ordre : s’en éloigner, être dans l’évocation, la distance, la suggestion… une érotisation en somme… et dans le même temps être dans le dur, dans le rude, dans la tension et « à l’arrache ». En clair il me fallait élaborer des multiples qui résument tout ce que contient le travail de Ricciotti depuis des années.

Le choix des motifs s’est fait de manière très rapide, instinctive, des photos volées sur internet, des découpes aléatoires sans souci d’esthétique particulière, pas de maniérisme (lui qui se dit pourtant si maniériste), et cette proposition immédiate commune de faire 6 multiples.

Après les premiers tirages d’essai à l’encre noire, à laquelle j’avais mélangé du ciment, comme un clin d’oeil au matériau phare de Ricciotti, nous avons décidé de tirer les multiples avec du ciment pur à 100% ! Cela n’a jamais été fait m’a-t-il dit, mais l’idée était tellement juste que j’ai bien du trouver des solutions pour y arriver. Avec du papier, du ciment, un coffrage, une presse à taille-douce, le tour était (presque) joué.

Réflexion en amont et simplicité de l’exécution, les bâtiments de Ricciotti ne sont-ils pas toujours faits comme cela ? L’idée est là et on verra bien en cours de route comment la réaliser alors qu’elle est totalement hypothétique sur le papier…

La pertinence de ces multiples se trouve exactement là : dans un parallèle exact avec le processus de travail de Ricciotti où chaque étape, chaque idée, chaque manière de faire, intellectuelle ou manuelle, se développe comme dans son agence, puis le bureau d’étude, et enfin durant le chantier. Une série de décisions auxquelles il faut trouver une solution inédite de fabrication, un ajustement permanent, un regard affûté qui peut tout changer au dernier moment, par une appréciation sur le chantier, alors que tout était écrit… pour un rendu simple et serein alors que le fer était rouge jusqu’au dernier moment.

Le résultat ? Etonnant ! Sur un si petit format (20 x 20 cm), c’est à la fois rude et sensuel, suggéré et explicite, monochrome et plein de nuances, subtil et pourtant brutal… Il y a des gris bleus, ceux de la Méditerranée, les jours d’orage, des strates de matière, des couches de poussière, des cratères, des points de rouille aussi, des concrétions, des motifs incrustés dans le papier martyrisé…

Par cette mise en abyme, ces multiples nous parlent tout simplement des paysages de Ricciotti, l’architecte provençal. Mais aussi de son travail et de son état d’esprit. D’une manière précise, concise, et sans bavardage, c’est avec ce même soin et cette même bienveillance que l’architecte nous délivre du mal du siècle stigmatisé par de trop nombreuses productions construites ou élaborées et qui n’ont rien à raconter.

Ces simples multiples sont des récits.

Frédéric Galliano, 31 décembre 2013, Valence, France